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Introduction au colloque de Lyon, 9 octobre 2015

par le T. :I. :F. : Alain de KEGHEL 33°,  passé Grand Commandeur

Nos rituels nous enseignent une méthode et encadrent nos travaux comme toute notre démarche maçonnique à laquelle ils ne confèrent pas seulement la solennité propice à l’écoute, à la réflexion et au dialogue régulé en s’abstrayant du monde extérieur que nous quittons en franchissant la porte du temple. Mais ils nous prescrivent aussi un certain nombre de recommandations. Des règles même. Ainsi en est-il de l’injonction au F et ou à la S qui ont  appris et se sont imprégnés de nos enseignements en sachant que nous restons d’éternels cherchants: Dans une variante ad hoc nous sommes invités par nos FF du 7ème Secteur à un bilan d’étape : «  Aller dans le monde et porter les enseignements acquis ! ». En suggérant de consacrer notre réflexion aujourd’hui à ce commandement, les initiateurs du colloque y ont adjoint la demande de « restitution de nos expériences écossaises, du vécu et des contraintes », afin que notre colloque soit une occasion finalement assez exceptionnelle  d’écoute de votre part d’expérience dans la mise en pratique de ce précepte dans vos Juridictions respectives, dans chacun de vos environnements écossais nécessairement singuliers et empreints de toutes ces particularités faisant aussi l’identité de vos pays, de vos cultures, de vos traditions, de leur spiritualité, en un mot de la richesse de notre diversité. Belle occasion de mesurer une fois encore l’extraordinaire plasticité qui est l’une des singularités essentielles d’un Rite universel et le plus largement pratiqué et décliné dans un riche chatoiement, là où l’Ordre initiatique maçonnique est présent.

 

Nous, Ecossais du Suprême conseil Grand Collège du REAA-GODF, qui commémorons cette année le rattachement de notre Juridiction au GODF, la principale et ainée des puissances maçonniques françaises,  nous avons choisi de ne pas céder ici à la tentation nombriliste et hexagonale qui nous vaut si fréquemment les sarcasmes pas toujours immérités. Donc plutôt que de nous prévaloir de quelques Vertus que nous n’avons pas plus que d’autres, nous privilégierons l’écoute. C’est de l’addition de vos témoignages, c’est du partage de vos expériences que nous tous sortirons d’ici instruits de ces différences qui loin de nous léser, nous enrichissent, pour paraphraser Antoine de Saint-Exupéry.

Alors, quels enseignements, quelles Vérités ? La question nous dit bien qu’ils sont pluriels, donc divers. Daniel Beresniak suggère la recherche de la Vérité perdue. Et il précise : « la vérité est le contact immédiat entre la matière vivante qui perçoit et la vie qui est perçue. Mais, poursuit-il, la Vérité est la fonction qui permet une adaptation aussi parfaite que possible au milieu. Elle est un outil qui agit de concert avec tous les autres outils donnés ou formés par les sens. Elle est la mise en œuvre du contact avec toutes les situations de vie, la manière de sentir, de connaitre, de toucher et d’influencer tout ce qui existe. » Mais évitons les malentendus : nous envisageons bien ici les enseignements acquis, c'est-à-dire la somme des effets et interactions de notre démarche initiatique et de notre approche philosophique qui est caractéristique du REAA, privilégiant la progression lente par étape successives ouvrant des fenêtres chaque fois nouvelles comportant chacune l’abord d’exigences venant s’ajouter à celles précédentes. Notre F. Voltaire initié sur le tard, à 84 ans, le 7 avril 1778 dans la fameuse Loge des Neufs Sœurs dans un monde bouleversé par la révolution galiléenne, s’identifiera bien avant cela au combat mené par les esprits libres, raisonnables…Il peut, à juste titre, être considéré comme l’emblème des Lumières qui sont aux sources de notre démarche. Moses Mendelsohn distingue Lumières de Culture et de Civilisation, cette dernière résultant de l’équilibre entre les Lumières et la Culture, l’exigence d’universalité devant l’emporter avec, finalement, le souci humaniste. Charles Porset s’était employé à nous présenter ce Voltaire humaniste justement.)

Si j’ai choisi de tenter une proposition de définition puisant aux sources philosophiques les plus sûres et les plus flamboyantes et emblématiques, ce n’est surtout pas pour me substituer à vous, ni pour orienter la restitution de vos parts de Vérités, mais seulement pour livrer la mienne en amorçant le débat. C’est à partir de vérités évidentes que la pensée progresse et s’affine, que la civilisation s’organise, se développe, avance et se complexifie. C’est aussi ainsi que nous passons par paliers au fil de notre long itinéraire écossais exigeant depuis le Maître Secret jusqu’au Chevalier Kadosch puis aux grades sommitaux.

C’est cette complexité de notre univers pluriel, commun à nous tous et toutes, que je vous invite à nous faire découvrir en levant le voile, vous qui saurez témoigner et nous faire partager vos expériences, votre connaissance, votre sensibilité et votre part de spiritualité écossaise, au sens où nous l’entendons, celle de l’altérité mise au service de l’amélioration de l’Homme et de la Société, en un mot « écossais », au service de l’ORDO AB CHAO dans une organisation laïque et apaisée du vivre ensemble.

Encore un mot sur notre mode opératoire : nous sommes nombreux et il faut s’en réjouir. Le temps d’intervention de chacun devra donc être strictement limité à un maximum de dix minutes tout compris afin que nous vous entendions tous et que la place reste aussi à l’échange. J’aurai la tache ingrate d’y veiller et je vous remercie par avance de votre compréhension si je dois être intraitable pour être juste. Et pour gagner du temps, chacun se présentera très brièvement en introduction de son intervention. Je dois à cet instant encore vous dire les excuses de la Juridiction DELPHI de Grèce qui dans le contexte connu de chacun regrette de n’avoir pu nous rejoindre mais nous a adressé un message chaleureux de Fraternité. Et puis il y a pour des raisons voisines, la Juridiction de Hongrie dont nous connaissons bien la difficulté aussi à continuer de s’affirmer avec courage dans un environnement hostile à nos traditions humanistes. Le Suprême Conseil du Maroc  aurait aimé se joindre à nous comme toujours. Il a été frappé de deuil, son Grand Commandeur étant passé à l’Orient Eternel il y a quelques jours et je suis chargé de présenter excuses et regrets*). Enfin, le Suprême Conseil de la Grande Loge des Cèdres sera présente demain et s’est excusée aujourd’hui en raison de contraintes de dernière minute. Notre TIF Jean MASSA sera avec nous demain.

Le moment est venu de  vous passer tour à tour  la parole en ambitionnant une alternance s’efforçant de prendre en compte les réalités de notre riche mosaïque écossaise.

Vous avez la parole !

*) Je signale deux publications essentielles récentes relatives à l’Islam et la Franc-maçonnerie : Le numéro 42 de Franc-maçonnerie Magazine Septembre/octobre 2015 et l’ouvrage de Thierry Zarcone qui vient de paraître à Paris aux Editions Dervy : «  Le Croissant et le Compas » , Islam et franc-maçonnerie, de la fascination à la détestation.


 

Conclusions du colloque international à Lyon le 9 octobre 2015

Il a été convenu que je laisserais le TPSGC du SCME et Ami Joan-Francesc PONT-CLEMENTE rapporter demain en Tenue pour présenter la synthèse de notre colloque. Mais il me revient de tirer très succinctement quelques enseignements et conclusions.

Le tour de table international et national Ecossais auquel nos BB  AA FF lyonnais nous ont conviés, nous renvoie bien entendu à la place qu’a toujours occupée la capitale des Gaules et  métropole des confluences, dans un vaste arc européen et nous savons tous de quelle puissance  y a de tous temps rayonné avec originalité  la franc-maçonnerie lyonnaise. En nous invitant à réfléchir à ce que signifie « aller dans le monde et à porter les enseignements acquis, puis à restituer les expériences du vécu et des contraintes », ce colloque a, d’évidence, atteint son but. Celui-ci était de mieux nous éclairer sur ces réalités qui nous ont été exposées et de sortir de ce partage avec quelques idées force. Nous avons touché notre salaire et je remercie chacun d’entre vous qui avez exposé la part que vous prenez  à la mise en œuvre d’un rite qui fait de la glorification du travail un anoblissement de l’âme. Notre Rite Ecossais Ancien (et) Accepté  magnifie la dignité du travail, sacralise aussi une activité utile à tous et en montre la grandeur, l’intelligence mais aussi l’habileté nécessaire. En écoutant attentivement la présentation de la diversité des situations, mais aussi leurs similitudes à bien des égards, n’étions-nous pas invités à réfléchir aux vertus de l’unité, au rassemblement de ce qui est épars, en somme, à la reconstruction ou, comme nous l’enseigne un de nos hauts grades, au passage de la multiplicité à l’unité ? J’ai eu le sentiment, cet après-midi, que nous accomplissions ensemble une importante œuvre de rencontre évoquant, dans notre tradition écossaise, l’Arche d’Alliance, « tabernacle de Vérités révélées », « Tente du témoignage » et « Tente de la rencontre ». Ne sommes-nous pas conviés à être capables de nous mêler aussi aux agitations de la vie profane sans en être affectés et à agir dans la sérénité pour accomplir notre DEVOIR, en progressant dans notre niveau de conscience ? Aujourd’hui, chacun des intervenants aura concouru à élever notre niveau de conscience, l’un d’entre vous y a même ajouté de la poésie. Et, ce faisant, c’est de notre engagement qu’il s’agissait,  à persévérer dans l’effort pour toujours et toujours plus tendre vers la Perfection, vers le progrès de l’Homme et de la Société. A cet égard il ne sera pas sans intérêt de garder en mémoire pour la restitution qui nous sera proposée demain, un certain nombre des idées forces qui ont été avancées : pour ma part j’en ai retenu quelques unes : le témoignage du DH nous disant que la mixité n’est pas une voie facile, celui de la juridiction de Roumanie exprimant la nécessité d’accompagnement pour la reconstruction après la déconstruction, l’appel du SCFF à ne pas confondre mythes et culture,  l’ambition du SCRE à œuvrer au décloisonnement, l’appel du SCMF à la nécessité de s’adapter à un monde en constante évolution sans se dénaturer, le témoignage du SCME indiquant  la force tirée d’un REAA ayant toujours été au centre de la franc-maçonnerie ibérique, dialectique qui reste d’actualité. Quant aux intervenants dans le débat ils ont su enrichir la réflexion de leur culture écossaise comme du témoignage de leurs  itinérances dont l’un au Togo – le défi de vivre le REAA dans un espace maçonnique isolé- un autre en Inde : «  Le Temple (maçonnique) séparait, mais le monde (profane et ses épreuves) rapprochait ». Belle parabole. Et puis des invites à ne pas confondre Rite et Rituels, valeurs et principes. Un riche foisonnement.

Merci donc à chacune et chacun en premier lieu aux organisateurs, puissance invitante du 7ème Secteur.

Alain de KEGHEL 33°

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